Rodrigo Favonio

France

Te souviens-tu de toi, où d’étoile en étoile,
Le monde ondoyait telle une frêle plume
Dans les éthers, battant à peine dans l’enclume
Du Tout-Puissant, lorsque l’ombre fut plus légère,
Lorsque les rêves avaient un nom, et la mégère
Nullement ? Toi que virent naître la Grande Ourse
Et les soleils aux lueurs orphelines, la source
Chaste et avide où naquirent dieux et déesses,
Sitôt que, la main de l’Univers te guidant, blesses
Le regard profanateur et bénis céans
Les vogueurs augustes, sillonnant les océans
Pour errer en ton royaume, aux moindres recoins ;
Angoulême, Chambéry, Perpignan, Tourcoing,
Quimper, Biarritz, Bastia, Papeete, Sarcelles,
Mamoudzou… ailés par ton souffle universel.
Et qu’importe l’heure du tumulte, de la lutte,
Et face à tous ceux qui veulent ourdir ta chute,
Sans parole, sans glaive, sans courroux ni jugement,
Connaissant ton foyer tel que le firmament,
Tu veilles sur tes enfants telle une matrone,
Et si les silences solitaires, sur ton trône
D’azur daignent s’asseoir sempiternellement,
Appelles tes bardes chanter incontinent
Ta mémoire ; chanter des Jeans, des François, des Louis,
Des Clovis, Des Charles, des Henri, tout éblouis
Par ta lumière, et chanter une Marguerite,
Berthe, Isabelle, Marie, une Jeanne qui hérite
De ta grâce… et ce qu’oubliera un manuel
Scolaire, une Brigitte, voire un Emmanuel.
D’une dune, d’une mer, montagnes et volcans,
D’une grande rade, d’un menhir, d’un coron, quand
Ton glas résonne de l’aurore au crépuscule,
Auguste et immuable, et aussi minuscule
Que majestueux, alors ton étendard aux trois
Couleurs, que filèrent déjà les rois
Et les reines, en des temps bientôt ineffables,
Fera jalouser les teintes des grands érables,
Se reflétera dans les cieux et dans l’abîme,
Ô toi France ! syllabe solennelle et sublime !

 

Les Légendes d’outrelunes
Aristote Lapanure (10 216-10 298)