Yusti Pérez

EL ALBATROS (traducción)

EL ALBATROS (versión Y. Pérez)

Suelen, por diversión, los hombres del equipaje

capturar albatros, vastas aves de los mares,

que siguen, indolentes compañeros de viaje,

al navío surcando abismáticos azares.

 

Apenas los han depuesto sobre la cubierta,

estos reyes del azur, torpes y avergonzados,

dejan que su gran complexión, blanca y aliabierta,

con pena arrastre cada ala, cual remo, a los lados.

 

¡Cuán desmañado y feble es este alado viajero!

Él, tan bello antaño, ¡qué risible y deslucido!

Con la pipa molesta su pico un marinero,

otro imita, cojeando, el vuelo del tullido.

 

El poeta es semejante al príncipe del cielo

que obra en la tormenta y sabe al arquero burlar;

en medio de la pitada, exiliado en el suelo,

sus alas de gigante le impiden caminar.

 

L\'ALBATROS (original de Baudelaire)

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l\'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d\'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu\'il est comique et laid !
L\'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L\'autre mime, en boitant, l\'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l\'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l\'empêchent de marcher.